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Ce qui s’est passé ce 10 décembre 2006 dépasse le cadre libanais pour s’inscrire dans le devenir de la région et des rapports futurs  entre l’Occident et le Monde musulman, entre musulmans chiites et sunnites, entre peuples arabes et leurs gouvernants. Dimanche 10 décembre 2006. Ils furent des centaines et des centaines de milliers de militants du Hezbollah, du Courant patriotique libre, de Amal, du Parti démocratique libanais, du Rassemblement national, du Parti communiste libanais ainsi que d’autres formations politiques à venir de toutes les régions du Liban, à investir les rues et les places de leur capitale.
De mémoire de Libanais, on n’avait jamais assisté à un tel rassemblement.
Ils étaient des centaines et des centaines de milliers de chrétiens, de chiites, de sunnites côte à côte.

Une marée humaine.
L’opposition a tenu son pari, et au delà de toutes ses espérances.
Une manifestation monstre, démonstration de force, de puissance, de mobilisation, d’organisation, de discipline.
Une manifestation, démenti cinglant à tous ceux qui prétendaient que ce n’était qu’une opposition au service de la Syrie et de l’Iran, une opposition à caractère confessionnel, essentiellement chiite.
Et pour confondre leurs adversaires, les organisateurs ont demandé aux manifestants d’arborer les symboles de leurs appartenances : couleurs, drapeaux, sigles.
Ainsi, les observateurs ont pu, par exemple, constater la participation massive des chrétiens et principalement du Courant patriotique libre de Michel Aoun.
Une succès qui met Washington et Paris dans une situation des plus inconfortables du fait de l’appui total qu’ils ont accordé à Siniora et à son gouvernement.
Un succès qui place aussi Jeddah, Le Caire et Amman en porte-à-faux  par rapport à leurs peuples ainsi que vis-à-vis de ceux du monde arabo-musulman pour qui Nasrallah est devenu le symbole de la résistance et de la victoire sur Israël.
Disparaît ici la composante religieuse de l’homme pour ne laisser subsister que ses capacités politiques, pour n’être plus perçu que comme celui qui a lavé l’affront des défaites des régimes arabes face à Israël et surtout l’humiliation -nakba- de  1967.
Ce qui s’est passé ce 10 décembre 2006 dépasse le cadre libanais pour s’inscrire  dans le devenir de la région et des rapports futurs  entre l’Occident et le Monde musulman, entre musulmans chiites et sunnites, entre peuples arabes et leurs gouvernants. Preuve a ainsi été faite que chrétiens et musulmans, que sunnites et chiites peuvent mener une lutte en commun pour instaurer la liberté, la démocratie, pour vivre ensemble et non pas seulement coexister, c'est-à-dire se supporter, qu’un parti musulman, chiite de surcroît, peut respecter les règles de la démocratie et ne pas chercher à imposer ses conceptions religieuses aux autres composantes de la société, que les peuples peuvent faire échec à leurs gouvernants, que l’option de la résistance armée était jouable.
C’est aussi la première fois depuis le quatrième siècle que l’on a vu chiites et sunnites faire la prière ensemble derrière un imam sunnite et entendre les sunnites réciter des prières chiites.
Une leçon que les Irakiens ne manqueront pas de méditer.
Cette lutte commune menée par une majorité du peuple libanais, toutes confessions et options politiques confondues,  sert de creuset où se forge désormais le nationalisme libanais et d’où émergera un Liban multiconfessionnel, laïc, démocratique, libre de toute influence étrangère.
Un tel Liban servira non seulement de modèle pour l’ensemble des pays arabes, mais Israël ne pourra plus se prévaloir de sa démocratie, par ailleurs toute relative, argument que ne cessent de brandir ses alliés américains et occidentaux à la face du Monde arabe pour justifier toutes les aides et les appuis qu’ils apportent à Tel-Aviv. Il y a lieu de relever que ces pays ne veulent surtout pas voir une véritable et authentique démocratie s’installer dans le Monde arabo-musulman car elle remettrait en cause leurs intérêts économiques, financiers, stratégiques et géopolitiques et serait mortelle pour leur protégé israélien.
Et c’est à travers cette approche que l’on peut comprendre pourquoi le Hamas a été mis à l’index pourquoi tout a été mis en action pour privilégier Mahmoud Abbas et le Fatah dont nombre de dirigeants, et non des moindres, sont notoirement connus pour être des corrompus. C’est aussi à travers cette approche que l’on peut comprendre pourquoi le gouvernement de Siniora est défendu aussi âprement par les dirigeants israéliens qui  n’ont pas hésité à affirmer que sa chute constituerait un revers d’ordre stratégique pour leur pays.
C’est à travers cette approche, enfin,  que l’on peut comprendre pourquoi les régimes non démocratiques d’Egypte, de Jordanie et d’Arabie Saoudite se sont déclarés aussi solidaires de Siniora et de son gouvernement, car atterrés à l’idée que l’exemple de la lutte menée par l’opposition libanaise soit repris par leurs propres  oppositions. Les USA et l’Europe qualifient ces pays de modérés, euphémisme pour signifier qu’ils leur sont inféodés et qu’ils ne constituent aucun danger pour leurs intérêts et pour leur protégé israélien.
Décidément, lorsque dieu veut punir les hommes, il leur accorde ce qu’ils désirent.
Américains et Européens appelaient, de tous “leurs vœux” l’émergence d’un “Nouveau Moyen Orient” démocratique.
Mais dès que celui-ci commença à voir le jour à travers la victoire de Hamas en Palestine, ce fut la panique qui les a obligés à punir le peuple palestinien pour avoir “mal voté” et ce, en arrêtant leurs aides tous azimuts et en laissant Israël agir à sa guise en toute impunité, perpétrant des massacres comme ceux de Beit Hanou dans le seul  but de pousser ce peuple à se révolter contre les dirigeants qu’il s’était choisis.
“Vive la démocratie, mais c’est nous qui vous indiquerons, à vous peuples arabes, pour qui vous devez voter !”.
Et c’est la même attitude qu’ils adopteront vis-à-vis du peuple libanais au cas où l’opposition l’emporterait.
Signe avant-coureur de cette attitude, Paris III ne se tiendrait qu’en présence de Siniora. Ce qui voudrait dire : point d’aide pour la reconstruction du Liban au cas où il ne serait plus au pouvoir. Il s’agit tout simplement d’un chantage comme ce fut le cas pour le Hamas.
Rappelons qu’on entend par Paris III une conférence internationale qui regroupera les pays occidentaux et arabes, principalement ceux du Golfe, et qui se tiendra  dans la capitale française pour apporter une aide financière à la reconstruction du Liban, une conférence prévue pour le 25 janvier prochain.
L’exemple libanais
Notons au passage que ce sont ces mêmes pays qui ont apporté le plus grand soutien au gouvernement libanais.
Cette conférence devrait permettre en principe au Liban de faire face à sa gigantesque dette publique qui est de l’ordre de 40 milliards de dollars, soit 190% de son PIB  et ses services représentant les 2/3 des revenus de l’Etat.
Et ces pays ne se limiteront pas à ce chantage économique. Ils encourageront Israël à lancer une nouvelle agression contre le Liban afin d’éradiquer le Hezbollah, une fois pour toutes. Inutile de préciser qu’une telle agression ne peut qu’être appuyée par un Bush à la recherche d’une “victoire” à offrir, enfin, à son parti, laquelle consisterait en la destruction de la résistance libanaise.
Là aussi, USA, Europe, Israël, pays “modérés” : Egypte, Jordanie, Arabie Saoudite, espèrent que la conjugaison de pressions économiques et agressions militaires pousseront les Libanais à se révolter contre le Hezbollah.
Or, c’est le contraire qui risque de se produire, car lors de la dernière agression israélienne, qui s’est traduite par une défaite cinglante de Tsahal, le Hezbollah fut seul sur les champs de bataille. Cette fois-ci, Israël devra faire face à toutes ces oppositions où chiites, chrétiens, druzes, sunnites se battront côte à côte, et leur sang et leurs martyrs scelleront cette unité qu’ils sont en train de forger sur les places des Martyrs et de Riad Solh à Beyrouth. Ces pressions donneront par ailleurs l’occasion à l’Iran de se présenter comme un sauveur en palliant le retrait des pays arabes et occidentaux et cela en proposant une aide financière conséquente à l’opposition libanaise si elle accédait au pouvoir, jouant le rôle qu’il joue aujourd’hui auprès de Hamas.
Sur ces places, le 10 décembre 2006, 2 millions de Libanais scandaient : “Le changement arrive. Nous voulons être représentés et non faire de la représentation”.
A la question que posait Naïm El Kassem  à ces deux millions de Libanais, à savoir, “Bush veut-il que le peuple s’exprime ? L’Occident et les pays arabes veulent-ils entendre la voix du peuple libanais ? Répondez-leur : mort à l’Amérique. Répondez-leur : mort à Israël”,  Et aux 2 millions de voix de  reprendre  les réponses d’El Kassem : “Mort à l’Amérique, mort à Israël”.
Le même jour se tenait la réunion du Conseil de coopération du Golfe pour débattre de la situation au … Liban.
Le même jour, Augusto Pinochet était victime de son ultime crise cardiaque.
Un dictateur en moins.
Et les Chiliens de regretter que la justice n’ait pu dire son mot…..
Sur la place Riad Solh, ils sont décidés à continuer à camper jusqu’à ce que Siniora… décampe.
Ainsi s’écrit l’Histoire…
* «ô honorables, ô généreux», c’est en ces termes que Nassrallah s’adresse, au début de ses discours, à ses concitoyens.
Khalid Jamai pour le Journal Hebdo

Dimanche 24 décembre 2006
- Par K7al'Ras
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Commentaires

Jamai t es un brave journaliste
Commentaire n°1 posté par Mourad le 03/03/2007 à 16h01
Y a que des fans de Jamaï ! Tant mieux on se mettera d'accord :D
Réponse de K7al'Ras le 13/03/2007 à 18h46
je commence à regretter toutes ces années ou j ai raté de vos articles
Commentaire n°2 posté par Tarik le 12/04/2007 à 19h04

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